Ô... cruel.

Publié le par Diling-diling

Bon voyage Sorel. N'oublie pas le Jardin de Mathilde. Doux mirage...

Ce ne sont plus des soupirs, ce sont des cris que je pousse à ton égard. Reviens-moi ! C'est une supplication, un ordre, une prière, une obligation. Viens me regarder encore une fois. Et puis encore, et puis encore, et puis encore. Viens soupirer au creux de mon oreille, viens trembler dans mes bras, viens te donner, viens m'accueillir, viens me relever, viens me faire sourire, pleurer, rire; viens qu'on s'amuse, viens qu'on joue, viens qu'on s'esclaffe, qu'on boive, qu'on fume et qu'on s'aime. Et puis encore, et puis encore, et puis encore. Viens renouveler mon être, viens faire revivre l'enfant en moi qui t'attend et qui frémit au moindre pas dans ma cage d'escaliers. Viens réaliser les voeux de la petite fille que j'ai enfin laissé s'exprimer. Viens m'aimer tous les jours. Reviens-moi des milliers de dernières fois. Viens me rappeler qui je suis, me prouver que Diling-diling, c'est moi; viens joindre les gestes aux paroles que tu as à peine osé me murmurer.

Ceux qui restent. J'aurais voulu que tu en fasses partie.

Je vais pleurer, me mettre à genoux dans la rue et crier ton prénom jusqu'à ce que, alarmé par mes supplications stridentes, tu viennes me remettre debout. J'ai un énorme trou au milieu du ventre que tu as creusé de tes propres mains, ouvert, béant à toutes les mouches qui viennent se coller, et que je comble comme je peux. Mais putain c'est pas toi, c'est pas toi, c'est jamais toi. Et qu'est-ce que tu me manques, et comme je me sens creuse. Je ne sais pas si c'est d'amour, de tendresse, d'amitié, de désir, de joie, de bonheur, de bien être, d'affection, de plaisir ou de rire.

Et ça saigne, cette plaie qui n'en finit pas de s'ouvrir.

J'ai peur de brûler ma chair, j'ai peur d'être dégoûtée de tout. J'ai peur de moi, j'ai peur de demain, j'ai peur des vivants, j'ai peur de l'école, j'ai peur de lire. J'ai peur de dormir, j'ai peur de courrir, j'ai peur de manger, j'ai peur de grossir. J'ai peur des grands. J'ai envie de tout, et tout me répugne. J'ai peur de tout et je ne comprends rien à ce qui se trame dans ma tête.

Puis, dans l'obscurité, je t'ai vu apparaître avec la fragilité d'une bougie. Et ce furent des cris de colère, de l'amour en désordre, une amertume, un regard languissant sur le passé. Et cet air silencieux qui s'échappe de ma gorge pour t'appeler, cet air qui, inexorablement, ne dépasse pas même les murs de ma chambre. Comment t'atteindre ?

Je voudrais ta présence, te regarder, t'écouter, jouer avec toi comme deux gavroches que nous fûmes. Je veux juste te regarder. Mais le ferais-tu exprès ? As-tu envie que je fonde en une flaque devant toi ? Et cette ultime saveur collée sur ma tempe... Je suis devenue flaque salée et morveuse. Même si je n'ai plus le droit de te toucher, de t'offrir... de t'offrir moi, je veux que tu viennes t'asseoir à côté de moi, sentir ton parfum, partager ta cigarette, et écouter ton silence. Tu me manques comme un enfant dans un ventre d'ogre affamé, j'ai faim de toi.

Qu'il me revienne. S'il vous plaît.

Je me mettrais à plat ventre, mon adoré, et là, tu vois comme je m'humilie. J'ai oublié l'amour-propre et l'orgueil, je me fous de la honte, et je me fous des autres, du ridicule, et de ce qu'on pourrait raconter. J'ai tout oublié, la fierté, l'image, et je tombe devant toi, à terre, tu vois ? Je me répands sur le goudron en un lait bouillant, je me traînerais, je me déverse de tout, de l'eau qui fait des glaçons dans mon corps gelé, de mon sang, de mes sens, de mes pauvres pensées, dont ils doivent bien rire, ou prendre pitié, ces autres, de ces idées d'adolescente.

Mais tu n'entends rien, mais tu es sourd ! Faut-il d'abord te briser les oreilles afin que tu apprennes à entendre avec les yeux ? Faut-il faire du tapage comme les symbales et les prédicateurs de Carême ? Ou n'as-tu foi que dans les bègues ?

J'ai envie de te faire mal, de te blesser, de te lacérer. A mon tour, de déchiqueter. Je ne sais pas comment t'atteindre, je veux une réaction de ta part. J'ai envie que tu m'en veuilles, que tu me haïsses, que tu aies une rancoeur éxécrable envers moi, d'occuper ton esprit, même en négatif. Alors, je ne serais pas simplement un joli souvenir, mais quelque chose qui te hante, un fantôme contre lequel tu rumines sans arrêt, dans le présent. Je veux capter ton attention, ne pas juste être une fille, comme une vague trace dans ta mémoire. Je veux être une marque, un tampon, un tatouage. Puisque je ne peux pas être ton amour indélébile, je serai ta haine. Je veux vivre en toi, je n'en peux plus de n'être que le destinataire de tes molles et rares gentillesses. C'est trop dérisoire, c'est trop pitoyable, c'est trop ridicule, c'est trop absurde. Je veux être grande en toi, avoir une SIGNIFICATION gravée en majuscules. Et puisque je ne peux plus te signifier ma tendresse démesurée, je te ferai éprouver un fiel inégalable. Je veux que tu me détestes, que tu ressentes quelque chose de géant pour moi. Et si ce ne peut pas être de l'amour, ou tout comme, ce sera alors une profonde bile. J'ai envie de t'atteindre, et je n'ai pas le droit de te toucher en me lamentant de ton départ, je n'ai pas le droit de t'écrire pour t'exprimer le trou qui s'est creusé en moi depuis ton départ, de me déverser sur toi en larmes d'affection, alors c'est en toi que je creuserai, avec une lame, aiguisée de tous les sentiments qui s'agitent en moi à ton égard. Je veux que tu crèves de moi. Je veux être ton absolu, et tu ne veux plus de l'absolu positif que j'aurais pu te procurer, alors je serai au moins ton absolu négatif. J'aurais aimé être ton apogée de caresses, c'est un échec, un de plus. Et je ne me résoudrai pas à n'être que Juliette, ce n'est pas assez. Ce n'est mille fois pas assez. J'aimerais tant te toucher. Et pas uniquement dans le passé.

Il y a de la glace dans ton rire.

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